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Cass. 1re civ., 2 avril 2025, n° 23-18.895

Une fois les clauses de change réputées non écrites et les restitutions ordonnées, l'emprunteuse ne pouvait plus avoir perdu la chance de ne pas contracter : les 20 000 € de dommages-intérêts sont annulés.

Rédigé par Jules Marin, fondateur de LexDeviseMis à jour le

En bref

Le 2 avril 2025, la Cour de cassation annule sans renvoi les 20 000 € de dommages-intérêts accordés à une emprunteuse de BNP Paribas Personal Finance. Les clauses de change étant réputées non écrites et les restitutions ordonnées, elle ne pouvait plus avoir perdu la chance de ne pas contracter. Sa demande d'indemnisation est rejetée.

Juridiction
Cour de cassation
Formation
Première chambre civile
Date
2 avril 2025
Numéro
n° 23-18.895 (arrêt n° 225 F-D)
Solution
Cassation partielle sans renvoi
Publication
Non publié au Bulletin
ECLI
ECLI:FR:CCASS:2025:C100225
Façade classique en pierre claire d'un grand bâtiment à fronton sculpté et toit d'ardoise, au bord de la Seine, derrière un haut quai de pierre ; l'inscription « Cour de cassation » est gravée au centre.
Façade de la Cour de cassation, palais de justice de Paris, quai de l'Horloge.

« aucun préjudice de perte de chance de ne pas conclure ce contrat »

Cass. 1re civ., 2 avril 2025, n° 23-18.895

Les faits

Par acte notarié du 6 février 2009, BNP Paribas Personal Finance consent à une emprunteuse un prêt immobilier en francs suisses, à taux révisable. Le contrat stipule que le franc suisse est la monnaie de compte et l'euro la monnaie de paiement.

L'emprunteuse, placée sous curatelle, est mise en redressement judiciaire en 2014, puis en liquidation judiciaire en 2020. Le 13 novembre 2015, elle assigne la banque : responsabilité pour manquement aux devoirs d'information et de mise en garde, et caractère abusif des clauses de change et de taux.

Le 4 mai 2023, la cour d'appel d'Aix-en-Provence répute ces clauses non écrites et fixe la créance de la banque au capital prêté, avec intérêt au taux légal, sous déduction des sommes déjà perçues. Elle condamne aussi la banque à 20 000 € de dommages-intérêts, pour la perte de chance née du manquement au devoir d'information.

La question posée

La Cour de cassation a relevé elle-même la question, les moyens de la banque n'étant pas retenus : peut-on indemniser la perte de chance de ne pas contracter, au titre du devoir d'information, lorsque les clauses de change sont déjà réputées non écrites et que les restitutions ont remis les parties dans leur situation d'avant le contrat ?

Façade d'une maison en pierre aux volets de bois, une jardinière fleurie sous la fenêtre.
Photo d'illustration : une maison en pierre aux volets de bois.

Ce qu'a jugé la Cour de cassation

Non. Au visa de l'ancien article 1147 du code civil, la Cour relève que la cour d'appel avait statué sur les restitutions afin de « remettre les parties dans l'état où elles se trouvaient avant la conclusion du contrat ». Il en résultait « aucun préjudice de perte de chance de ne pas conclure ce contrat ».

La condamnation à 20 000 € est cassée sans renvoi. Statuant elle-même, la Cour rejette la demande d'indemnisation du préjudice matériel au titre d'une perte de chance. Le reste de l'arrêt d'appel n'est pas atteint : les clauses restent réputées non écrites et les restitutions demeurent.

Ce que ça change pour un frontalier

L'arrêt ne dit rien du lien de l'emprunteuse avec la Suisse : sa portée est la même pour un frontalier que pour tout autre emprunteur.

Il montre où se trouve l'essentiel d'un recours : faire écarter la clause de change et obtenir les restitutions. Des dommages-intérêts en plus, pour la chance perdue de ne pas signer, ne s'ajoutent pas aux restitutions. La Cour de cassation a jugé de même le 8 juillet 2026 pour un prêt in fine du Crédit mutuel, et l'a rappelé dans d'autres affaires (voir les décisions liées).

Le calcul de ce que chacun doit rendre est détaillé dans l'article Annulation d'un prêt en francs suisses : combien puis-je espérer récupérer ?

Décisions liées

Banque concernée

Les limites

  • Arrêt inédit, rendu sur un moyen relevé d'office par la Cour ; il tranche ce dossier.
  • Il ne donne ni le montant du prêt ni le solde après restitutions.
  • Il ne se prononce pas sur un préjudice moral, ni sur un préjudice distinct de la chance perdue de ne pas contracter.
  • Il ne dit pas s'il s'agit d'un prêt Helvet Immo.

Référence et source officielle

Cour de cassation, première chambre civile, 2 avril 2025, pourvoi n° 23-18.895, arrêt n° 225 F-D, non publié au Bulletin (cassation partielle sans renvoi), ECLI:FR:CCASS:2025:C100225 (Légifrance)

Lire le texte officiel (Légifrance)

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