Aller au contenu

Prêt en francs suisses : êtes-vous concerné ?

Frontalier payé en francs, investisseur en défiscalisation ou emprunteur aux revenus en euros : les situations diffèrent, les questions se ressemblent. Voici les critères d'une première lecture, les situations à examiner de près et les pièces à réunir.

Rédigé par Jules Marin, fondateur de LexDeviseMis à jour le

En bref

Quatre critères donnent une première lecture : un prêt immobilier en francs suisses, des revenus en euros ou en francs suisses, une résidence en France, un prêt en cours ou déjà remboursé. Depuis le 9 juillet 2025, être frontalier payé en francs ne suffit plus à écarter le risque de change. Votre offre de prêt reste la pièce clé.

Profils
Frontaliers, investisseurs, non-frontaliers
Pièce clé
L'offre de prêt
Diagnostic
300 € TTC, sous 48 à 72 h
Pente herbeuse avec un petit chalet sous une crête rocheuse ; à droite, le versant boisé plonge vers une plaine parsemée de villages et un lac au loin, sous un ciel nuageux.
Chaîne du Jura, côté français : alpage, falaises et plaine en contrebas.

Cette page vous aide à faire un premier tri ; le diagnostic permet ensuite de lire votre dossier. Ce qui compte, c'est le contrat, l'information remise à la signature et l'évolution de votre situation pendant la durée du prêt.

Pour comprendre d'abord le mécanisme de ces prêts, voyez la page Notre méthode et la page le risque de change.

critères pour une première lecture de votre situation
4
sortes de pièces utiles, de l'offre de prêt aux relevés de prélèvement
8
date des deux arrêts de la Cour de cassation sur les prêts en francs suisses de frontaliers
9 juillet 2025

Quatre critères pour une première lecture

Un prêt immobilier en francs suissesDes revenus en euros ou en francs suissesUn emprunteur résidant en FranceUn prêt en cours ou déjà remboursé

Vérifiez ces quatre points sur votre offre de prêt et dans votre situation : ensemble, ils vous donnent une première lecture de votre dossier.

Un prêt immobilier en francs suisses

Le prêt doit avoir financé un bien immobilier et être libellé en francs suisses ou indexé sur le franc suisse. Ce premier critère vaut pour tous, frontaliers comme non-frontaliers. Pour savoir lequel des deux montages vous concerne, la page prêt libellé ou indexé indique les mentions à chercher dans votre offre.

Des revenus en euros ou en francs suisses

Quelle que soit la devise dans laquelle vous perceviez vos revenus, l'examen de la clause de change reste ouvert. Depuis les arrêts du 9 juillet 2025, être payé en francs est désormais insuffisant pour écarter le risque de change : il faut tenir compte de l'évolution raisonnablement prévisible de la situation de l'emprunteur jusqu'au terme du prêt (Cass. 1re civ., 9 juillet 2025, n° 24-19.647).

Un emprunteur résidant en France

La localisation du bien est un élément parmi d'autres. Selon un commentaire des arrêts du 9 juillet 2025 (Actu-Juridique), le critère retenu est la résidence habituelle de l'emprunteur : un prêt en francs suisses souscrit par un emprunteur résidant dans un État de la zone euro, comme la France, est un prêt en devise étrangère, quelle que soit la monnaie de ses revenus. La Cour de cassation, elle, compte parmi les circonstances à prendre en compte la domiciliation de l'emprunteur et la localisation du bien financé, lorsqu'elles se rattachent à un État dont la monnaie diffère de celle du prêt (Cass. 1re civ., 9 juillet 2025, n° 24-19.647). Pour un emprunteur résidant hors de France, la loi applicable et le tribunal compétent demandent un examen propre.

Un prêt en cours ou déjà remboursé

Un prêt soldé, à son terme ou par anticipation, peut encore faire l'objet d'une action, que le bien ait été revendu ou non : la protection contre les clauses abusives s'étend au-delà de la durée d'exécution du contrat (CJUE, 9 juillet 2020, Raiffeisen Bank et BRD Groupe Société Générale, C-698/18 et C-699/18). La demande tendant à faire constater le caractère abusif d'une clause est imprescriptible (CJUE, 10 juin 2021, BNP Paribas Personal Finance, C-776/19 à C-782/19 ; Cass. 1re civ., 30 mars 2022, n° 19-17.996). La restitution des sommes versées se prescrit, elle, par cinq ans, à compter de la décision de justice qui constate le caractère abusif de la clause (Cass. 1re civ., 12 juillet 2023, n° 22-17.030).

Dans quels délais agir

Les frontaliers

« de prendre en compte l'ensemble des circonstances qui entourent la conclusion du contrat, ainsi que leur évolution, raisonnablement prévisible, jusqu'à son terme »

Cass. 1re civ., 9 juillet 2025, n° 24-19.647

Frontalier payé en francs, vous pouvez désormais faire valoir l'évolution raisonnablement prévisible de votre situation jusqu'au terme du prêt : depuis le 9 juillet 2025, la Cour de cassation impose d'en tenir compte pour apprécier le risque de change (Cass. 1re civ., 9 juillet 2025, n° 24-19.647).

Les frontaliers du Genevois, du pays de Gex, de la Haute-Savoie et du Doubs comptent parmi les emprunteurs en francs suisses. Payés en francs, ils ont souvent emprunté dans la même monnaie, en se croyant à l'abri du risque de change. Pour les prêts signés depuis le 28 juillet 2013, la loi réserve d'ailleurs les prêts libellés dans une devise étrangère aux emprunteurs qui déclarent percevoir principalement leurs revenus, ou détenir un patrimoine, dans cette devise (ancien article L. 312-3-1 du code de la consommation).

L'idée qu'un salaire en francs écarte le risque de change a longtemps prévalu devant les juges. Le 1er mars 2023 encore, la Cour de cassation approuvait une cour d'appel qui avait écarté le caractère abusif des clauses de deux prêts en francs, parce que les emprunteurs percevaient leurs revenus en francs à la signature (Cass. 1re civ., 1er mars 2023, n° 21-20.260). Le 9 juillet 2025, elle est revenue sur cette solution : il faut désormais prendre en compte les circonstances de la conclusion du contrat « ainsi que leur évolution, raisonnablement prévisible, jusqu'à son terme », notamment la qualité de travailleur frontalier et la localisation du bien financé (Cass. 1re civ., 9 juillet 2025, n° 24-19.647). La Cour n'a pas différé l'application de cette solution dans le temps.

Dans cette affaire, l'emprunteuse, frontalière, avait souscrit quatre prêts en francs pour acheter en France des biens locatifs ; en juillet 2018, elle « a fait l'objet d'un licenciement avec mise à la préretraite ». Une perte d'emploi, un départ à la retraite, un retour à un emploi en France ou la revente du bien sont autant de situations qui exposent au change une dette que l'on croyait couverte par un salaire en francs.

Tout dépend de l'information effectivement remise. Le même jour, la Cour a rejeté le pourvoi d'un autre emprunteur : l'offre et deux notices d'information qu'il avait signées exposaient que la perte de change serait entièrement à sa charge et que sa situation pouvait évoluer, notamment s'il perdait ses revenus en francs (Cass. 1re civ., 9 juillet 2025, n° 24-18.018).

L'arrêt n° 24-19.647L'arrêt n° 24-18.018

Frontaliers, par région :

Haute-SavoiePays de Gex (Ain)DoubsJuraAlsace

Vous avez un prêt en francs suisses ? Faites le test en 1 minute

Vue plongeante sur une agglomération au bord d'un lac : champs et quartiers résidentiels au premier plan, une rivière en méandre, la ville et le jet d'eau, puis une longue chaîne de montagnes à l'horizon.
Genève et le Léman vus depuis le Salève, avec la chaîne du Jura à l'horizon.

Les investisseurs en défiscalisation

Le lac d'Annecy en automne, un ponton au premier plan et les montagnes dans une lumière de fin d'après-midi.
Le lac d'Annecy (Haute-Savoie) en automne.

Investisseur en défiscalisation, vous pouvez faire examiner votre contrat au civil, y compris si vous avez déjà été indemnisé par le juge pénal.

Des prêts en francs suisses ont aussi financé des investissements locatifs. Le plus connu est le prêt Helvet Immo de BNP Paribas Personal Finance : un prêt libellé en francs suisses et remboursable en euros, dont les exemplaires examinés par la Cour de cassation en 2022 avaient été acceptés en 2008 et 2009 (Cass. 1re civ., 30 mars 2022, n° 19-17.996).

Ces emprunteurs remboursaient en euros : pour eux, le risque de change jouait dès la première échéance. Dans l'arrêt de 2022, la Cour de cassation a jugé que la banque devait leur fournir des informations suffisantes et exactes pour comprendre le mécanisme et en évaluer les conséquences sur toute la durée du prêt. Elle a cassé en partie l'arrêt de la cour d'appel de Paris qui lui était soumis et renvoyé l'affaire devant cette cour, autrement composée.

La commercialisation de ce prêt a aussi valu à BNP Paribas Personal Finance une condamnation pénale définitive pour pratiques commerciales trompeuses, et des emprunteurs constitués parties civiles ont été indemnisés par le juge pénal, comme le rappelle la Cour de cassation (Cass. 1re civ., 5 novembre 2025, n° 24-20.513). Plusieurs milliers d'emprunteurs sont concernés.

Le volet pénal laisse entier l'examen de chaque contrat. Des emprunteurs indemnisés par le juge pénal ont ensuite obtenu l'annulation de leur prêt au civil ; mais la Cour de cassation juge que l'indemnité allouée au pénal doit alors être déduite de ce que la banque doit restituer, lorsqu'elle a le même effet (Cass. 1re civ., 5 novembre 2025, n° 24-22.303 ; Cass. 1re civ., 5 novembre 2025, n° 24-20.513). Si vous avez été partie civile, la décision pénale fait partie des pièces à réunir.

Les emprunteurs non frontaliers

Vue aérienne d'une ville au bord d'un lac au coucher du soleil : immeubles et toits au premier plan, quai arboré le long de l'eau, rive et collines à l'horizon.
Évian-les-Bains (Haute-Savoie) et le Léman, vue aérienne au coucher du soleil.

Payé en euros, vous bénéficiez des mêmes protections que les frontaliers : clauses abusives, exigence de transparence, obligation d'information.

Des particuliers dépourvus de lien professionnel avec la Suisse ont aussi emprunté en francs pour acheter leur résidence principale ou secondaire, attirés par des taux d'intérêt présentés comme plus bas. Leurs revenus étaient en euros : chaque baisse de l'euro alourdissait aussitôt leurs échéances ou leur capital restant dû.

Le 12 juillet 2023, par exemple, la Cour de cassation a approuvé une cour d'appel qui avait réputé non écrite la clause de remboursement d'un prêt in fine en francs suisses consenti en 1999, faute d'être claire et compréhensible ; cette clause étant indispensable au maintien du contrat, chaque partie devait restituer ce qu'elle avait reçu (Cass. 1re civ., 12 juillet 2023, n° 22-17.030).

Ces prêts ont été distribués par des établissements variés, nationaux comme régionaux. Ce qui décide de l'issue d'un dossier, ce sont les clauses et les documents remis, plus que le nom de la banque.

Les situations qui demandent un examen particulier

Le diagnostic repère dès la première lecture les situations qui appellent une analyse propre : vous savez ainsi tôt ce qui, dans votre dossier, demande un examen attentif. Les voici.

  • Un prêt souscrit à titre professionnel. La protection contre les clauses abusives vise le consommateur (directive 93/13/CEE) et, pour les contrats antérieurs au 1er juillet 2016, le non-professionnel (ancien article L. 132-1 du code de la consommation). Un prêt souscrit pour les besoins d'une activité professionnelle peut sortir de ce cadre.
  • Un prêt souscrit par une SCI. La notion stricte de consommateur exclut la société civile immobilière. Les règles sur les clauses abusives s'appliquent aussi aux contrats conclus entre professionnels et non-professionnels (article L. 212-2 du code de la consommation) ; une SCI peut être un non-professionnel, « personne morale qui n'agit pas à des fins professionnelles » (article liminaire du code de la consommation), selon son objet et son activité, à apprécier au cas par cas.
  • Une transaction déjà signée. Un accord conclu avec la banque, lors d'une renégociation, d'une conversion en euros ou d'un remboursement anticipé, peut comporter une renonciation à agir. Sa portée et sa validité doivent être examinées avant toute démarche.
  • Une procédure déjà engagée ou jugée. Une décision définitive rendue entre les mêmes parties peut faire obstacle à une nouvelle demande, en raison de l'autorité de la chose jugée (article 1355 du code civil).
  • Des revenus qui ont changé de monnaie. Un emprunteur devenu frontalier, ou revenu travailler en France, en cours de prêt ; des co-emprunteurs payés l'un en francs, l'autre en euros.
  • Une déchéance du terme ou une saisie. L'emprunteur de l'affaire n° 24-18.018, dont le prêt avait été rendu exigible en 2019, a pu porter sa demande jusqu'à la Cour de cassation (Cass. 1re civ., 9 juillet 2025, n° 24-18.018). Mais lorsque la banque a exigé le remboursement anticipé du prêt, le calcul du préjudice et des restitutions change.

Quels documents rassembler ?

L'offre de prêtLes avenantsLes tableaux d'amortissementLes notices d'informationLes simulationsLes correspondancesLes relevés de prélèvementDécompte, acte de vente, mainlevée

Commencez avec ce que vous avez : le diagnostic peut partir de l'offre de prêt et des pièces disponibles. Plus le dossier est complet, plus l'analyse est précise. Voici les pièces utiles, par ordre d'importance.

  1. L'offre de prêt, avec ses conditions particulières et générales, et la date de votre acceptation.
  2. Les avenants : renégociation, changement de taux, conversion en euros, allongement de la durée.
  3. Les tableaux d'amortissement, l'initial et ceux remis ensuite.
  4. Les notices d'information sur le risque de change, signées ou non.
  5. Les simulations remises avant la signature, même sommaires.
  6. Les correspondances avec la banque : courriers, courriels, propositions d'accord.
  7. Les relevés de prélèvement qui font apparaître le cours de change appliqué.
  8. En cas de remboursement anticipé ou de revente : le décompte de remboursement, l'acte de vente, la mainlevée de la garantie.

Les notices et les simulations méritent d'être recherchées avec soin. Dans l'affaire jugée sous le n° 24-18.018, c'est sur l'offre et deux notices signées que les juges se sont fondés pour écarter le caractère abusif de la clause (Cass. 1re civ., 9 juillet 2025, n° 24-18.018) : ces documents peuvent servir l'emprunteur comme la banque.

Et ensuite

Vue en hauteur du Léman au crépuscule : un bateau traverse le lac calme en laissant un sillage, sous un ciel rose et gris, avec une ligne de collines sombres à l'horizon.
Le Léman au crépuscule, au large de Thonon-les-Bains (Haute-Savoie).

Vous vous reconnaissez dans l'un de ces profils ? Commencez par le diagnostic : une lecture des clauses clés de votre contrat, une note sur 100 et le relevé des critères d'information et de transparence (sur 9), sous 48 à 72 heures, pour 300 €. Si le diagnostic est concluant, l'audit complet (2 400 €) analyse l'information remise, reconstitue le prêt et chiffre le préjudice ; il comprend la démarche amiable. Si l'amiable échoue, la procédure (3 000 €) est conduite par l'avocat partenaire.

Chaque étape est distincte : vous restez libre d'arrêter après chacune.

Le parcours, en trois phasesLes tarifs

Votre prêt peut-il être analysé ?

Une minute

Aujourd'hui, votre prêt est…

Votre profil est un point de départ.

Le diagnostic lit votre contrat et votre situation pour dire si votre dossier mérite une analyse approfondie. Réponse sous 48 à 72 heures, pour 300 € TTC ; à ce stade, le diagnostic reste une lecture de votre dossier, et vous décidez seul de la suite.

Diagnostic 300 € TTC. Honoraire de résultat : 9,6 % TTC des sommes récupérées, uniquement si vous récupérez une somme. Voir les tarifs