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Cass. 1re civ., 5 novembre 2025, n° 24-22.303

Prêt Helvet Immo annulé : les dommages et intérêts obtenus devant le juge pénal se déduisent des sommes que la banque doit restituer, lorsqu'ils réparent le même préjudice financier.

Rédigé par Jules Marin, fondateur de LexDeviseMis à jour le

En bref

Le 5 novembre 2025, la Cour de cassation juge que, lorsqu'un prêt Helvet Immo est annulé, l'indemnité obtenue au pénal pour le même préjudice financier se déduit des sommes que la banque doit restituer. Dans cette affaire, après compensation, l'emprunteur doit 120 157,42 euros à la banque : une annulation n'efface pas la dette.

Juridiction
Cour de cassation
Formation
Première chambre civile, formation de section
Date
5 novembre 2025
Numéro
n° 24-22.303 (arrêt n° 698 FS-B+R)
Solution
Cassation partielle sans renvoi
Publication
Publié au Bulletin et au Rapport
ECLI
ECLI:FR:CCASS:2025:C100698
Façade classique en pierre claire d'un grand bâtiment à fronton sculpté et toit d'ardoise, au bord de la Seine, derrière un haut quai de pierre ; l'inscription « Cour de cassation » est gravée au centre.
Façade de la Cour de cassation, palais de justice de Paris, quai de l'Horloge.

L'affaire Helvet Immo a deux volets : un volet pénal, où la banque a été condamnée pour pratiques commerciales trompeuses, et des procès civils, où des emprunteurs obtiennent l'annulation de leur prêt. Cet arrêt, publié au Bulletin et au Rapport annuel, règle l'articulation des deux : un même préjudice ne peut pas être réparé deux fois. Un second arrêt du même jour (n° 24-20.513) statue dans le même sens.

« de déduire la somme allouée par une décision définitive de la juridiction pénale au titre du préjudice financier de l'emprunteur né de l'exécution de ce contrat lorsqu'elle a le même effet que sa créance de restitution »

Cass. 1re civ., 5 novembre 2025, n° 24-22.303
arrêt du 5 novembre, publié au Bulletin et au Rapport
2025
indemnité allouée au pénal, déduite des sommes que la banque doit restituer
131 569,14 €
solde dû par l'emprunteur à la banque, après compensation
120 157,42 €

Les faits

Par offre acceptée le 5 décembre 2008, BNP Paribas Personal Finance consent à un emprunteur un prêt Helvet Immo, libellé en francs suisses et remboursable en euros. Reprochant à la banque de ne pas l'avoir informé du risque en cas d'évolution défavorable du change, il demande l'annulation du contrat et une indemnisation.

Parallèlement, la banque est poursuivie au pénal ; l'emprunteur se constitue partie civile. Par arrêt définitif du 28 novembre 2023, la cour d'appel de Paris confirme la culpabilité de la banque pour pratiques commerciales trompeuses dans la commercialisation des prêts Helvet Immo, et la condamne à indemniser le préjudice financier né de l'exécution du prêt : 131 569,14 euros pour cet emprunteur.

Le 21 novembre 2024, la cour d'appel de Limoges prononce la nullité du prêt, que la banque ne contestait plus. Elle fixe à 315 901,72 euros la somme que la banque doit restituer et à 304 490 euros le capital que l'emprunteur doit rendre, et refuse de déduire l'indemnité pénale, jugée de nature distincte : après compensation, la banque reste débitrice de 11 411,72 euros.

La question posée

Lorsque le prêt est annulé, la somme allouée par le juge pénal en réparation du préjudice financier doit-elle être déduite de ce que la banque doit restituer, ou s'y ajoute-t-elle ?

Façade d'une maison en pierre aux volets de bois, une jardinière fleurie sous la fenêtre.
Photo d'illustration : une maison en pierre aux volets de bois.

La solution

La Cour rappelle que la nullité efface rétroactivement le contrat : les prestations exécutées donnent lieu à restitution intégrale, sans perte ni profit. Il en résulte qu'il incombe au juge qui fixe la dette de restitution de la banque « de déduire la somme allouée par une décision définitive de la juridiction pénale au titre du préjudice financier de l'emprunteur né de l'exécution de ce contrat lorsqu'elle a le même effet que sa créance de restitution ».

Ici, l'indemnité pénale réparait les sommes payées en application des clauses de change : elle avait le même effet restitutoire que l'annulation. La cour d'appel ne pouvait la traiter comme autonome. Statuant au fond, la Cour fixe la dette de restitution de la banque à 184 332,58 euros (315 901,72 euros moins 131 569,14 euros). Après compensation avec les 304 490 euros de capital à rendre, c'est l'emprunteur qui doit 120 157,42 euros à la banque, avec intérêts au taux légal à compter du 1er août 2024. La nullité du prêt et la mainlevée des hypothèques sont maintenues.

Ce que cela change pour les emprunteurs

Pour les emprunteurs Helvet Immo qui ont été indemnisés au pénal, l'annulation civile ne permet pas de cumuler : ce qui a déjà été versé au titre du préjudice financier vient en déduction des restitutions. La Cour réserve toutefois une autre voie : « Outre les restitutions consécutives à l'annulation du contrat, la partie lésée peut demander réparation du préjudice subsistant dans les conditions du droit commun de la responsabilité extracontractuelle. »

L'arrêt rappelle surtout qu'une annulation n'est pas un effacement de dette : l'emprunteur rend le capital reçu, et le solde peut être en faveur de la banque. Avant d'agir, il faut donc chiffrer les restitutions réciproques, en tenant compte des sommes déjà perçues. C'est l'objet de l'étape d'analyse décrite dans notre méthode ; sur le fondement de l'annulation, voir les clauses abusives et la directive 93/13/CEE.

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