Cass. 1re civ., 17 septembre 2025, n° 23-23.629
La restitution des sommes versées se prescrit à partir de la décision qui constate l'abus, sauf preuve par la banque d'une connaissance antérieure, y compris pour une action engagée avant 2023. Pas de dommages-intérêts en plus.
Rédigé par Jules Marin, fondateur de LexDeviseMis à jour le
En bref
Le 17 septembre 2025, la Cour de cassation confirme que l'action en restitution se prescrit par cinq ans à partir de la décision qui constate l'abus, sauf si la banque prouve une connaissance antérieure. La règle vaut aussi pour une action engagée en 2017. Les 21 179,90 € de dommages-intérêts sont annulés.
- Juridiction
- Cour de cassation
- Formation
- Première chambre civile
- Date
- 17 septembre 2025
- Numéro
- n° 23-23.629 (arrêt n° 579 F-B)
- Solution
- Cassation partielle sans renvoi
- Publication
- Publié au Bulletin
- ECLI
- ECLI:FR:CCASS:2025:C100579

« ne saurait consacrer un droit acquis à une jurisprudence figée »
Les faits
En 1998, une caisse de Crédit mutuel consent à un emprunteur un prêt libellé en francs suisses, remboursable en une échéance unique le 30 avril 2018, pour l'achat d'un studio. L'emprunteur ne percevait que des revenus en francs français, puis en euros. L'arrêt ne donne pas le montant du prêt.
Le 26 juillet 2017, il assigne la banque : caractère abusif des clauses, restitution des sommes versées, indemnisation pour manquement au devoir d'information.
Le 19 octobre 2023, la cour d'appel de Douai rejette la fin de non-recevoir tirée de la prescription, juge abusives les clauses de remboursement et de change, annule le contrat et ordonne des restitutions croisées avec compensation. Elle condamne aussi la banque à 21 179,90 € de dommages-intérêts, pour une perte de chance de 70 % d'éviter le risque de change.
La question posée
Quand commence le délai de cinq ans de l'action en restitution ? La banque voulait le faire partir du jour où l'emprunteur pouvait constater la baisse de l'euro. Elle soutenait aussi que la règle posée le 12 juillet 2023 ne valait que pour les actions engagées après cette date. Restait enfin la question des dommages-intérêts ajoutés aux restitutions.

Ce qu'a jugé la Cour de cassation
Le délai part de la décision de justice qui constate le caractère abusif des clauses, sous réserve de la faculté, « pour le prêteur, de prouver que l'emprunteur avait ou pouvait raisonnablement avoir connaissance » de cet abus plus tôt. Devant la cour d'appel, la banque n'avait rien soutenu de tel.
La règle s'applique à l'action engagée en 2017 : la sécurité juridique « ne saurait consacrer un droit acquis à une jurisprudence figée ». La Cour approuve aussi le caractère abusif de la clause de remboursement, qui « n'était ni claire ni compréhensible et qu'elle créait un déséquilibre significatif », et refuse de saisir la Cour de justice.
En revanche, après des restitutions croisées au cours de chaque opération, « il ne subsiste aucun préjudice financier en lien avec l'évolution du taux de change ». Les 21 179,90 € sont cassés sans renvoi et la demande est rejetée au fond.
Ce que ça change pour un frontalier
L'emprunteur de cette affaire était payé en francs français puis en euros : l'arrêt ne dit rien de propre aux frontaliers, mais sa règle vaut pour eux.
Pour un frontalier comme pour tout emprunteur, un prêt ancien ou soldé ne ferme pas la porte aux restitutions : le délai court à partir du jugement qui constate l'abus. C'est à la banque de prouver que l'emprunteur connaissait l'abus plus tôt. Le 11 mars 2026, la Cour a précisé que la seule baisse de l'euro face au franc ne suffit pas à le prouver (n° 24-17.058).
L'arrêt rappelle aussi la limite : les restitutions remettent les parties dans leur situation d'avant le contrat, et des dommages-intérêts en plus ont été refusés.
Décisions liées
- Cass. 1re civ., 12 juillet 2023, n° 22-17.030Rejet
- Cass. 1re civ., 30 mars 2022, n° 19-17.996Cassation partielle
- Cass. 1re civ., 8 juillet 2026, n° 24-19.684Cassation partielle sans renvoi
- Cass. 1re civ., 2 avril 2025, n° 23-18.895Cassation partielle sans renvoi
- Cass. 1re civ., 25 mars 2026, n° 24-12.848Cassation partielle sans renvoi
Banque concernée
Les limites
- La banque garde la possibilité de prouver une connaissance antérieure de l'abus : le point de départ peut donc être discuté dossier par dossier.
- L'arrêt ne chiffre ni le prêt ni les restitutions.
- Il ne dit rien d'un préjudice moral.
Référence et source officielle
Cour de cassation, première chambre civile, 17 septembre 2025, pourvoi n° 23-23.629, arrêt n° 579 F-B, publié au Bulletin (cassation partielle sans renvoi), ECLI:FR:CCASS:2025:C100579
Votre prêt peut-il être analysé ?
Une minute
Cette décision concerne-t-elle votre prêt ?
Le diagnostic confronte votre contrat et les documents remis à la signature à la jurisprudence actuelle. Une décision de justice tranche une question de droit ; elle ne dit pas, à elle seule, ce que vaut votre dossier.
Diagnostic 300 € TTC. Honoraire de résultat : 9,6 % TTC des sommes récupérées, uniquement si vous récupérez une somme. Voir les tarifs