Aller au contenu

Cass. 1re civ., 20 avril 2022, n° 19-11.599

Prêt Helvet Immo : le caractère abusif de la clause de monnaie de compte ne peut être écarté au motif que le change joue dans les deux sens ou qu'une conversion en euros était possible.

Rédigé par Jules Marin, fondateur de LexDeviseMis à jour le

En bref

Le 20 avril 2022, pour un prêt Helvet Immo, la Cour de cassation juge que le caractère abusif de la clause qui fait du franc suisse la monnaie de compte ne peut être écarté au motif que le change joue dans les deux sens ou qu'une conversion en euros était offerte. La nullité pour dol exige un manquement intentionnel.

Juridiction
Cour de cassation
Formation
Première chambre civile, formation de section
Date
20 avril 2022
Numéro
n° 19-11.599 (arrêt n° 335 FS+B)
Solution
Cassation partielle
Publication
Publié au Bulletin
ECLI
ECLI:FR:CCASS:2022:C100335
Façade classique en pierre claire d'un grand bâtiment à fronton sculpté et toit d'ardoise, au bord de la Seine, derrière un haut quai de pierre ; l'inscription « Cour de cassation » est gravée au centre.
Façade de la Cour de cassation, palais de justice de Paris, quai de l'Horloge.

Trois semaines après l'arrêt du 30 mars 2022, la Cour de cassation va plus loin pour un autre prêt Helvet Immo : elle examine d'office la clause de monnaie de compte au regard du droit des clauses abusives. Un arrêt identique a été rendu le même jour pour un autre couple d'emprunteurs (n° 19-11.600).

« En statuant ainsi, la cour d'appel a violé le texte susvisé. »

Cass. 1re civ., 20 avril 2022, n° 19-11.599
arrêt du 20 avril, formation de section, publié au Bulletin
2022
franc suisse pour 1 euro : le taux fixé par l'offre, invariable jusqu'au déblocage
1,5057
périodicité de l'option de conversion en euros, qui ne suffit pas à écarter le déséquilibre
3 ans

Les faits

Le 21 juillet 2009, un couple accepte une offre de prêt Helvet Immo de BNP Paribas Personal Finance, libellé en francs suisses et remboursable en euros. Le montant est fixé au taux de 1 euro pour 1,5057 franc suisse, invariable jusqu'au déblocage. L'offre explique que l'amortissement varie avec le change, que le prêt peut être allongé de cinq ans au plus, et que l'emprunteur peut, tous les trois ans, opter pour l'euro comme monnaie de compte.

Les emprunteurs demandent la nullité du prêt pour dol et violation des règles du démarchage, et une indemnisation pour manquement à l'obligation d'information. En appel, ils invoquent aussi le caractère abusif de la clause de monnaie de compte. La cour d'appel de Reims, le 15 mai 2018, rejette l'ensemble.

La question posée

La banque a-t-elle satisfait à son obligation d'information en décrivant le fonctionnement des comptes et des conversions ? La clause qui fait du franc suisse la monnaie de compte peut-elle être jugée non abusive au motif que le change peut jouer dans les deux sens et qu'une conversion en euros était offerte ? Le défaut d'information suffit-il à caractériser un dol ?

Façade d'une maison en pierre aux volets de bois, une jardinière fleurie sous la fenêtre.
Photo d'illustration : une maison en pierre aux volets de bois.

La solution

Sur l'information, la Cour reprend la règle du 30 mars 2022 et censure la cour d'appel, qui n'avait pas recherché si les emprunteurs pouvaient évaluer le risque de conséquences économiques négatives, potentiellement significatives, en cas de dépréciation importante de la monnaie de leurs revenus.

Sur la clause de monnaie de compte, la Cour rappelle que le juge doit examiner d'office le caractère abusif des clauses au regard des critères de la Cour de justice, et cite l'arrêt du 10 juin 2021 (CJUE, 10 juin 2021, BNP Paribas Personal Finance, C-776/19 à C-782/19). La cour d'appel avait écarté tout déséquilibre significatif au motif que les variations du change allongent ou réduisent la durée du crédit, de sorte qu'elles seraient subies par les deux parties, et que les emprunteurs pouvaient demander tous les trois ans la conversion en euros. La Cour répond, au visa de l'ancien article L. 132-1 du code de la consommation : « En statuant ainsi, la cour d'appel a violé le texte susvisé. »

Sur le dol, en revanche, le rejet est confirmé : un manquement à l'information précontractuelle ne suffit pas, il faut établir son caractère intentionnel. La cour d'appel avait relevé que les documents internes de commercialisation (« script taux de change », plaquettes) étaient destinés aux partenaires de la banque et qu'il n'était pas démontré qu'ils avaient été remis aux emprunteurs. Renvoi devant la cour d'appel de Paris.

Ce que cela change pour les emprunteurs

Pour un emprunteur Helvet Immo, deux arguments souvent opposés par la banque perdent leur force : la symétrie apparente du risque (le change pouvait aussi jouer en sa faveur) et l'existence d'une option de passage à l'euro. Ni l'un ni l'autre ne suffit à écarter le déséquilibre significatif. Le cadre de cet examen est présenté dans les clauses abusives dans les prêts en francs suisses.

L'arrêt montre aussi les limites d'une autre voie : la nullité pour dol suppose de prouver une intention de tromper, et des documents internes ne pèsent que s'ils ont été remis à l'emprunteur. La voie des clauses abusives et celle de l'obligation d'information, décrite dans l'obligation d'information sur le risque de change, n'exigent pas cette preuve.

Décisions liées

Banque concernée

Votre prêt peut-il être analysé ?

Une minute

Aujourd'hui, votre prêt est…

Cette décision concerne-t-elle votre prêt ?

Le diagnostic confronte votre contrat et les documents remis à la signature à la jurisprudence actuelle. Une décision de justice tranche une question de droit ; elle ne dit pas, à elle seule, ce que vaut votre dossier.

Diagnostic 300 € TTC. Honoraire de résultat : 9,6 % TTC des sommes récupérées, uniquement si vous récupérez une somme. Voir les tarifs