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Cass. 1re civ., 1er mars 2023, n° 21-20.260

Emprunteurs payés en francs suisses à la signature : la Cour admettait l'absence de risque de change. Solution abandonnée par les arrêts du 9 juillet 2025.

Rédigé par Jules Marin, fondateur de LexDeviseMis à jour le

En bref

Le 1er mars 2023, la Cour de cassation admettait l'absence de risque de change pour des emprunteurs payés en francs suisses à la signature. Cette solution a été abandonnée par les arrêts du 9 juillet 2025. Un point reste utile : l'action pour défaut de mise en garde se prescrit par cinq ans à compter du premier incident de paiement.

Juridiction
Cour de cassation
Formation
Première chambre civile, formation restreinte
Date
1er mars 2023
Numéro
n° 21-20.260 (arrêt n° 143 F-B)
Solution
Cassation partielle
Publication
Publié au Bulletin
ECLI
ECLI:FR:CCASS:2023:C100143
Façade classique en pierre claire d'un grand bâtiment à fronton sculpté et toit d'ardoise, au bord de la Seine, derrière un haut quai de pierre ; l'inscription « Cour de cassation » est gravée au centre.
Façade de la Cour de cassation, palais de justice de Paris, quai de l'Horloge.

C'est l'arrêt sur lequel la Cour de cassation est revenue le 9 juillet 2025. Il reste utile pour comprendre ce revirement, et pour un second point, toujours d'actualité : le délai de l'action en responsabilité pour défaut de mise en garde.

« exactement déduit, sans être tenue de procéder à la recherche prétendument omise, que les clauses ne présentaient pas un caractère abusif »

Cass. 1re civ., 1er mars 2023, n° 21-20.260
arrêt du 1er mars, formation restreinte, publié au Bulletin
2023
prêts libellés et remboursables en francs suisses, consentis en mars 2008 et juillet 2009
2
délai de l'action pour défaut de mise en garde, à compter du premier incident de paiement
5 ans

Les faits

En mars 2008 et juillet 2009, Crédit agricole financement, banque suisse aux droits de laquelle vient le Crédit agricole Next Bank, consent à un couple de résidents français, qui perçoit des revenus en francs suisses, deux prêts immobiliers libellés et remboursables en francs suisses.

Les emprunteurs perdent leur emploi en 2016, selon leur pourvoi. Le 10 juillet 2017, ils assignent la banque, en invoquant le caractère abusif de certaines clauses et un manquement au devoir de mise en garde. La cour d'appel de Chambéry, le 27 mai 2021, rejette la première demande et déclare la seconde prescrite, l'assignation étant intervenue plus de cinq ans après la souscription des prêts.

La question posée

Des clauses de remboursement en francs suisses peuvent-elles être jugées claires, et non abusives, au seul motif que les emprunteurs percevaient leurs revenus en francs suisses à la signature ? Et à partir de quand court la prescription de l'action en responsabilité pour défaut de mise en garde ?

Une gorge profonde bordée de falaises calcaires et de forêts de conifères ; au fond, une plaine avec une ville et des collines bleutées, sous un ciel clair.
Falaises calcaires et forêts du Jura suisse.

La solution

Sur les clauses, la Cour approuve la cour d'appel : ayant relevé que les clauses relatives à l'objet des contrats étaient parfaitement claires, s'agissant de prêts en francs suisses remboursables dans la même devise, que les emprunteurs percevaient leurs revenus en francs suisses à la conclusion des contrats et qu'il n'existait aucun risque de change, elle en a « exactement déduit, sans être tenue de procéder à la recherche prétendument omise, que les clauses ne présentaient pas un caractère abusif ».

Sur la mise en garde, la Cour casse. Au visa de l'article 2224 du code civil, elle juge que l'action de l'emprunteur non averti se prescrit par cinq ans à compter du premier incident de paiement, qui lui permet de mesurer l'existence et les conséquences du manquement, et non à compter de la souscription du prêt. Renvoi devant la cour d'appel de Grenoble.

Ce que cela change pour les emprunteurs

La première partie de l'arrêt n'est plus la règle. Le 9 juillet 2025, la Cour a jugé que cette analyse devait être amendée, parce qu'elle appréciait le risque de change au seul jour de la signature : il faut désormais tenir compte de l'évolution raisonnablement prévisible de la situation de l'emprunteur jusqu'au terme du prêt (arrêt n° 24-19.647 et arrêt n° 24-18.018). Ce changement est présenté dans l'obligation d'information sur le risque de change.

La seconde partie reste pertinente : pour un emprunteur qui reproche à la banque un défaut de mise en garde, le délai de cinq ans ne court pas de la signature, mais du premier incident de paiement. Ce point est repris dans la page « Dans quels délais agir ? ».

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